Le Bitcoin et le progrès technique

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La montée des cryptomonnaies en 2017 a attiré l’attention sur la technologie sur laquelle toutes ces monnaies virtuelles s’appuient : La “blockchain” ou “La chaîne de blocs”. Cette article propose une analyse des raisons pour laquelle elle est devenue si populaire, des problèmes qu’elles résoud mais aussi de ceux qu’elle crée.

Qu’est-ce que la Blockchain?

On explique mieux la Blockchain en utilisant l’analogie. Prenez par exemple le site web d’un Journal quotidien comme Le New York Times. Le contenu du site web est stocké sur un ensemble de serveurs dans un lieu centralisé.

Imaginez, si, au lieu de ça, chaque journaliste du Le New York Times possédait une copie complète de la totalité du site sur son ordinateur, et qu’il n’y ait pas de serveur central. Chaque article, commentaire, image, y serait stocké.

Si un journaliste voulait soumettre un nouvel article, il devrait obtenir l’approbation de tous les autres journalistes (imaginons, d’une manière automatisée) pour qu’il soit validé.

Supposons maintenant qu’un journaliste en contacte un autre et lui propose son article. L’autre journaliste le vérifiera en utilisant une méthode appelée hashage, consistant à résoudre un puzzle mathématique complexe pour lier cet article aux précédents. Tous les autres membre de ce réseau vérifieraient le résultat de ce hachage , et si il s’avère correcte, l’article serait publié sur le New York Times, et le vérificateur obtiendrait une récompense. Ce processus est connu sous le nom de “Mining”. Il est à noter que tous les protagonistes ont un statut égal et qu’aucun n’a de privilège par rapport aux autres, chacun peut publier les articles et vérifier ceux des autres. Chacun peut également vérifier l’article qu’il produit lui-même, bien qu’en pratique, en raison de la forte puissance de calcul nécessaire, un mineur/vérifieur assignera exclusivement cette tâche à un ordinateur dédié.

L’idée clée à retenir de cette analogie est que le système est totalement décentralisé. Ainsi, aucune confiance n’est nécessaire entre 2 parties. En raison des formules mathématiques sur lesquelles s’appuie le hachage, principalement leur nature irréversible, le calcul étant à sens unique, il est impossible de tricher avec ce système. Si quelqu’un essai de créer un faux hash, les autres vérificateurs le verraient et le refuseraient. Le seul moyen de compromettre une blockchain est de prendre le contrôle de 50% + 1 des ordinateurs composant le réseau, ce qui est pratiquement impossible car il s’agit de milliers d’ordinateurs dispersés dans le monde entier.

Pourquoi la blockchain est devenue si populaire?

La nature décentralisée et sans nécessité de confiance humaine des blockchaines est leur premier atout. Au coeur du concept de blockchain, cette technologie propose de répondre à un problème important : La perte de confiance des êtres humains les uns envers les autres. Parmi les autres raisons : des banques cupides, la surveillance gouvernementale, l’autoritarisme, et les monopoles de géants commerciaux ont contribué à ce phénomène.

Partout autour du globe un nombre grandissant de personnes pressentent que les institutions ne travaillent par pour eux.

Certaines personnes onti donc tenté d’utiliser la technologie pour combler ce manque de confiance. Les promoteurs de la cryptomonnaie imaginent un monde sans banques, et sans ces Hommes cupides de Wall street contrôlant la monnaie, corrompant les responsables politiques et envahissant nos vies.

L’idée était de construire et consolider un nouveau système englobant tout (du paiement et des banques à la santé et l’identification) qui soit un remplacement de l’ancien, ou au moins une alternative à celui-ci. Un système qui soit sans frontières, indépendant du côntrôle des Etats et de l’exploitation par les géants de la technologie.

Les termes d’un contrat sont inscrits et enclenchés par du code, plutôt que par l’interprétation d’une tierce personne humaine du langage juridique, ou son humeur aléatoire.

Le principe est qu’un programme informatique, contrairement, disons, à Hammurabi ou la Réserve Fédérale, est impartial et peut éliminer ou du moins réduire drastiquement le rôle de la subjectivité toxique. Cela peut couvrir des usages comme un simple échange de monnaie virtuelle, la vente d’une maison, le paiement d’une assurance ou d’un prêt… [1]

Ceux enthousiasmés par les cryptomonnaies envisagent un futur dans lequel la technologie pourra être utilisée pour résoudre des problèmes de tout type, et faire du monde un meilleur endroit où vivre.

Avantages et inconvénients des cryptomonnaies.

Les systèmes basés sur la blockchain prétendent résoudre certains des problèmes cités précédemment. L’usage le plus commun qui en est fait à l’heure actuelle est de garder une trace des transactions financières. C’est là que la blockchain devient une cryptomonnaie, une forme de “cash” virtuel dont les transactions sont enregistrées, et le registre distribué. Les cryptomonnaies fonctionnent sans nécessiter de supervision par une banque, un gouvernement, ou toute autre institution centralisée. Plus encore, elles ne nécessitent aucune confiance pour fonctionner, et restent sûres même si les utilisateurs du réseau ont de mauvaises intentions, car ils ne pourraient compromettre le système même s’ils essayaient.

Cependant, la technologie de la blockchain crée souvent plus de problèmes qu’elle n’en résoud. A commencer par la quantité phénoménale d’énergie qu’elle consomme. Selon certaines données:

Si les transaction en Bitcoin devaient s’arrêter demain, 0,5% de la demande mondiale en énergie disparaîtrait purement et simplement. C’est plus ou moins l’équibalent de dix centrales à Charbon, émettant 50 millions de tonnes de CO2 par an – ce qui représente un an de baisse de CO2 perdue qui aurait pu servir à limiter la hausse de la température mondiale de 2°C en ce siècle. [2]

Et il ne s’agit que du Bitcoin. Ajoutez à ça le Litecoin, l’Ethereum, Bitcoin Cash, Zcash et les autres cryptomonnaies les plus répandues, et il devient alors clair que le coût environnemental des cryptomonnaies est énorme. Certains ont proposé des algorithmes alternatifs qui ne consomment pas autant d’énergie, mais ces alternatives compromettent la nature de la blockchain qui perdrait son caractère indépendant de la confiance humaine.

Un autre problème de cette industrie de la blockchain est le nombre élevé de fraudes, hacks, et activités illégales qui ont lieu en son sein. Un système décentralisé a l’avantage de permettre d’éviter le contrôle d’un gouvernement autoritaire, mais ce faisant, il a le potentiel de mener à l’autre extrême. La supervision modérée d’un gouvernement est nécessaire dans tout système financier pour s’assurer qu’aucun crime d’ampleur n’est commis.

Le fait qu’en théorie la blockchain est presque impossible à hacker n’empêche pas des hackers de sévir. Concrêtement, peu de personnes disposent de la puissance de calcul nécessaire pour faire tourner un noeud de la blockchain et maintenir le rythme des transaction en permanence, ils utilisent donc des services tiers comme Coinbase, et il est fréquent que les identifiants et mot de passe de ces plateformes soient dérobés. En outre, il arrive qu’il y ait des bugs dans le code écrit sur la blockchain, ce qui peut conduire à des piratages même si le concept mathématique de la blockchain est sûr.

Un troisième problème que pose la blockchain est son manque de scalabilité (flexibilité dans le dimensionnement). En raison de sa nature décentralisée, les machines constituant le réseau de noeuds doivent être en communication permanente, et échangent énormément de données, tout en résolvant des puzzle mathématiques complexes pour vérifier les transactions. Cela signifie qu’une blockchain ne peut traiter qu’un nombre assez limité de transactions par seconde (Il s’agit du réseau de machines dans son ensemble, non des capacités d’un seul membre de la blockchain). Ainsi, il ne peut être utilisé comme un système de paiement numérique pair-à-pair, car ce type de transaction nécessite une cadence de traitement largement supérieure à ce que la blockchain peut offrir.

Solutions proposées

Le manque de viabilité des crypto-monnaies en tant que véritable monnaie est largement connu. Certains ont proposé pour palier à ce problème d’utiliser les blockchains comme un outil de “stockage de valeur” plutôt que pour effectuer des paiements. L’idée serait d’acheter la cryptomonnaie comme un lingot d’or et de la stocker dans un coffre fort. Mais la nature hautement fluctuante des cryptomonnaies dissuadent fortement de l’utiliser comme stockage de valeur.

D’autres se sont attelés à solutionner le problème de lenteur des transaction rendant les cryptomonnaies peu efficaces. Un exemple est le réseau Lightning, sujet à discussion depuis 2015. Pour reprendre l’analogie utilisée au départ, cela reviendrait à ce que deux journalistes ouvrent tous deux un brouillon d’article partagé et l’écrivent ensemble, dans le but de le publier plus tard. Cela leur permet de partager entre eux des informations de manière bien plus rapide, jusqu’à ce qu’ils soient d’accord sur une version finale de l’article à publier, qui leur convienne à tous les deux. Bien que cette solution soit pratique dans les cas de transaction réelles où elle pourrait être appliquable, les cas d’usage réels de cette astuce sont limités et ne suffisent pas à faire du Bitcoin une monnaie pair-à-pair adaptable et convenant à un système de paiement dématérialisé.

Certains ont lié l’innefficacité des cryptomonnaies à la faiblesse des technologie actuelles, comparant la situation aux premiers jours d’internet où les connexions se mesuraient en kilobits par seconde. Ils avancent commeidée que la technologie s’améliorera avec le temps et résoudra le problème. Ils ignorent cependant que la blockchain fait en réalité face à un problème unique : L’impossibilité d’un consensus fiable et décentralisé a été prouvée. La Blockchain contourne la question en ajoutant une contrainte : tous les noeuds du réseau doivent résoudre des puzzles mathématiques complexes et aléatoires pour vérifier les transactions. Cela peut rendre le consensus hautement probable, mais jamais garanti.

De plus, la lenteur, et le manque d’efficacité intrinsèque des cryptomonnaies est une de leurs caractéristique, non un bug. C’est un point qui ne peut réellement être résolu.

Cela ne signifie pas que les cryptomonnaies ne gagneront pas en valeur dans le futur ou que des entreprises et institutions ne continueriont pas d’investir dans la recherche sur la blockchain. Ce que cette analyse révèle plutôt est que l’utilisation actuelle la plus courante faite de la technologie Blockchain n’est pas adaptée à sa nature.

D’où vient le boom des cryptomonnaies?

Il est intéressant de se pencher sur les actualités de ces dernières années et d’analyser comment la montée et la chute des cryptomonnaies s’est produite. Comment une technologie comportant autant de défauts a pu devenir une tendance mondiale, grimpant à des millards en capitalisation boursière, être acclamée dans un nombre incalculable de médias comme le futur de la finance ? La réponse à cela se trouve dans la perception que la société moderne a de la technologie, et son rôle pour améliorer le monde.

Beaucoup croient profondément que le progrès technique porte en lui la capacité de résoudre tous nos problèmes. Ceci est dû à une croyance inhérente au libéralisme et au progressisme : La croyance au progrès. Parce que notre société et parallèlement la technologie progressent et s’amélioreraient avec le temps, les nouvelles technologies feraient de facto du monde un meilleur endroit où vivre.

L’hypotèse qu’une technologie plus avancée améliorerait notre monde est compréhensible. Les dernières décennies ont vues naître des progrès énormes dans le quotidien des gens grâce à la technologie, incluant la médecine, les transports et les communications. Evidemment ce sont de bonnes choses. Toutefois, il y a un problème lorsque l’on se met à voir le progrès technique comme un phénomène intrinsèquement bon, et non une chose nécessitant d’être évaluée en fonction des caractéristiques particulière de chaque technologie.

Les adeptes des cryptomonnaies décrivent celles-ci comme le futur, et le système financier actuel comme obsolète. Cet article n’es pas une approbation du système financier actuel, mais un appel à examiner la blockchain en fonction de ses seuls mérites en résistant à la réthorique du “vieux contre neuf”. Nous devrions considérer la possibilité que la blockchain ne soit qu’une simple technologie comportant des défauts, devenue populaire pour les mauvaises raisons. Autrement, nous continueriont à perdre argent, énergie et ressources.

Travaux cités:

  1. Paumgarten, Nick. “The Prophets of Cryptocurrency Survey the Boom and Bust.” The New Yorker, The New Yorker, 16 Oct. 2018, http://www.newyorker.com/magazine/2018/10/22/the-prophets-of-cryptocurrency-survey-the-boom-and-bust.
  2. Gallagher, Andrew. “Bitcoin Must Die.” Slugger O’Toole, 12 Oct. 2018, sluggerotoole.com/2018/10/12/bitcoin-must-die/.

About the author: Yousuf is a software engineer with an education in computer science, including distributed computing systems. He is also a member of a blockchain analysis and advocacy group. His interests include science, technology, religion, and politics. You can follow him on Twitter here.

This piece was generously translated by one of our readers, Badraddin. You can follow him on Twitter here. If you’d like to contribute to our translation efforts, please fill out this contact form!

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